viernes, 18 de febrero de 2011

La première fois


Cette histoire est ma propre traduction de la version originale que j'ai écrite en anglais, et qui est publiée sur le blog sous le titre
Faramir's Youth. Elle raconte la première expérience amoureuse de Faramir, fils du Seigneur Denethor dans le roman Le Seigneur des Anneaux de Tolkien. Étant donné qu'il s'agit de la première histoire que j'aie écrite sur ce personnage, La jeunesse de Faramir semblait un titre approprié à l'époque. Cependant, j'en ai écrit d'autres depuis, et il m'a paru nécessaire d'intituler celle-ci de manière plus précise. Le remplacement du titre original par le nouveau, La première fois, est le seul changement que j'ai effectué entre la version originale et sa traduction en français.


Lorsque Faramir avait vingt-cinq ans, les troupes du Seigneur des Ténèbres firent plusieurs incursions en Ithilien. Étant donné que Boromir était alors en train de se battre dans le sud, son frère fut envoyé pour garder Osgiliath et détruire les forces de l'Ennemi. Il y eut une longue lutte, car les soldats du Mordor étaient nombreux et bien armés, mais finalement le fils cadet de Denethor réussit à repousser l'attaque et à traquer les survivants dans les clairières de l'Ithilien. Mais son cœur était lourd, car il avait perdu beaucoup d'hommes, et à son retour à Minas Tirith il parla longuement avec son père de la menace croissante dans l'Est. Il était tard lorsqu'il se retira dans son appartement de la Citadelle.


Cet appartement était une belle chambre, avec de hautes fenêtres qui donnaient à l'Ouest et au Sud, sur le flanc du Mindolluin et les belles vallées du Gondor. Faramir l'avait occupée depuis qu'il était un homme, et il en avait fait son seul lieu de paix et de loisir. Un côté était occupé par un grand lit avec des rideaux de velours, et l'autre par une table taillée en bois foncé, sur laquelle s'étalaient des parchemins et les livres qu'il aimait le plus. Il y avait un vase plein de fleurs posé sur la table, des instruments de musique alignés contre les murs, et toutes les armes et l'équipement de guerre étaient gardés à l'abri des regards dans des coffres.


Cette nuit-là Faramir fut content d'arriver dans sa chambre, car la journée avait été longue et il éprouvait une fatigue autant physique que mentale. Il faisait une température agréable dans la pièce ; le feu avait été allumé, une boisson chaude posée sur sa table, et un parfum de fleurs fraîches emplissait l'air, bien que le printemps fût encore à son début. Faramir était sur le point de soupirer lorsqu'il entendit un léger bruit derrière lui. Il se retourna et vit une femme, à demi allongée sur son lit et qui lui souriait.

Elle était jeune encore, à peine âgée de quelques années de plus que Faramir, et son visage était beau et doux. Elle avait le port d'une femme de haute naissance, mais elle semblait timide et lui sourit d'une manière hésitante, comme si elle n'était pas sûre de la manière dont il allait réagir. Faramir vit dans ses yeux de la tendresse et de la crainte, et pour une raison ou une autre, il pensa à sa propre mère ; la pitié fut plus forte que l'agacement envers l'intruse et adoucit sa voix et son visage tandis qu'il s'adressait à la femme inconnue.

'Qui êtes-vous, madame ? Et que faites-vous ici ?'

'Je suis Fíriel, fille d'Herion, mon seigneur. Le Seigneur Denethor m'a envoyée dans votre chambre.'

'Et vous a-t-il ordonné, le Seigneur Denethor, de vous étendre sur mon lit en m'attendant ?' interrogea Faramir amusé, bien que son cœur fût blessé par cette nouvelle.

'Il l'a fait. Il m'a dit de vous attendre, et de faire de mon mieux pour vous être agréable. Je lui ai dit que je le ferais, même sans son ordre.' Son visage était anxieux, et Faramir pensa que ce n'était pas par crainte de la colère de son père si elle échouait. Il l'observa pensif, réfléchissant à ses paroles.

'Le Seigneur Denethor n'aurait pas dit seulement cela.' déclara-t-il enfin, avec un sourire encourageant. 'Que vous a-t-il dit d'autre ?'

Elle parut hésiter à cette question. Alors elle baissa son regard pendant une seconde, et une légère rougeur vint colorer ses joues.

'Voudriez-vous entendre ses mots exacts ?' demanda-t-elle, le regardant à nouveau en face.

'Je le voudrais.'

'Il a dit : “Mon fils a l'âge d'être père, et il ne sait rien des femmes. Il est grand temps qu'il s'y intéresse. Vous avez été choisie pour votre expérience et votre beauté, pour lui montrer le plaisir et le réconfort que seules les femmes savent apporter. Il est fatigué et triste après bien du labeur ; il s'est bien battu, et a gagné le droit de s'amuser. Il mérite et il a besoin de la compagnie que je lui envoie.” Pardonnez-moi, mon seigneur, mais voilà ses ordres.'

Faramir l'écouta de toutes ses oreilles, prêtant plus d'attention à ses sentiments qu'à ses paroles, et sourit lorsqu'elle acheva.

'Vous êtes une dame belle, cela ne fait aucun doute ; et votre franchise et gentillesse l'emportent sur votre beauté. Mais quelle est donc cette expérience pour laquelle vous avez été choisie ?'

'J'ai été mariée pendant dix ans. Belegorn était mon mari ; il est mort il y a deux ans au service du Seigneur.'

Faramir savait cela. Belegorn avait été un bon conseiller et un brave capitaine, même si lui-même ne l'avait jamais rencontré, car il vivait loin, en Belfalas.

'Vous l'aimiez, madame, n'est-ce pas ?'

'Je l'aimais. C'était un bon mari.'

'Et pourtant vous êtes prête à vous donner à un autre homme, que vous ne connaissez pas. Que penseraient vos gens de cela, madame ? Qu'en est-il de votre honneur ?'

'Le Seigneur Denethor m'a dit qu'il s'assurerait qu'aucune honte ne résulte de ceci, mais seulement de l'honneur. Et si... je devais avoir un enfant, il serait élevé à la cour, et considéré comme une preuve que j'arrivai à vous plaire et que j'accomplis ses ordres. Ne vous inquiétez pas pour cela, mon seigneur.'

'Je ne le ferai peut-être pas, mais qu'en est-il de vos sentiments ? Fíriel, je ne voudrais pas qu'aucune femme se donne à moi malgré elle, au nom de mon éducation. Et je ne voudrais pas que vous me procuriez du plaisir contre le désir de votre cœur. Je préférerais désobéir aux ordres de mon père et m'exposer à sa colère.'

'Mon seigneur, votre cœur est généreux et honorable, comme il sied au fils d'un Intendant. Mais Belegorn est mort et ne retournera plus dans mes bras, qu'un autre homme y dorme ou pas. Et que diriez-vous à votre père ? Vous servez le Seigneur du Gondor en combattant ses ennemis, bien que j'aie entendu que vous n'aimez pas la guerre. S'il veut que je le serve d'une autre manière, il est de mon devoir de le faire. Que pourriez-vous dire contre cela ? Mais je serais heureuse de lui obéir en cette occasion. Car j'ai toujours entendu les gens vous louer, mais je vois maintenant qu'aucune de leurs paroles ne vous rend justice. Je pourrais vous aimer, mon seigneur, si j'osais ; et même si je sais que je ne peux vous apporter la joie, je voudrais tellement au moins vous réconforter.

Faramir la regarda étonné. Elle avait les joues chaudes et ses yeux brillaient ; elle avait presque crié les derniers mots. Faramir se surprit à vouloir la prendre dans ses bras.

'Fíriel, pourquoi pensez-vous que je suis malheureux ? Et pourquoi m'apporter de la joie serait-il hors de votre pouvoir ?'

Elle le regarda fixement, se demandant combien elle devrait dire de ce qu'elle soupçonnait.

'Pour ce qui est du fait que vous êtes malheureux, c'est évident. Je pense qu'une des raisons, c'est que vous ne voulez pas déplaire à votre père, et cependant au fond de votre cœur parfois vous ne pouvez être d'accord avec lui. Chaque fois que sa volonté et la vôtre s'opposent, que vous cédiez ou non, vous devez souffrir. Mais même sans cela, même si votre mère vivait encore et que l'Ombre qui croît toujours sur nous était levée de dessus le Gondor, vous n'êtes pas le type d'homme qui puisse être heureux sans quelqu'un d'autre. Votre cœur est avide d'aimer et d'être aimé.'

Elle attendit une réaction quelconque, mais Faramir se limita à la regarder, pensif, et ne dit rien. Elle avait raison ; et, bien qu'elle ne l'eût pas dit, les deux savaient qu'elle n'était pas la femme qu'il lui fallait. Mais Faramir se demanda comment elle pouvait percevoir sa pensée plus clairement que lui-même. Il avait toujours souhaité une âme sœur, à qui il pût confier ses secrets les plus profonds, ses rêves et ses chagrins, qu'il pût aimer et chérir et avec qui il pût partager ses pensées. Malgré l'affection de son frère et l'amour des hommes qu'il commandait, il s'était senti seul pendant toutes les années de sa virilité. Boromir était très différent de lui, et il n'y avait nul autre en qui il pût avoir confiance comme en un égal. C'est pour cela qu'il n'avait jamais sérieusement réfléchi au mariage ; les femmes en Gondor avaient leur propre sphère, et ne pouvaient pas pénétrer dans celle des hommes. Mais Faramir rêvait d'une femme qui l'accompagnerait à la bataille, qui partagerait le fardeau du gouvernement, la peur de la défaite, le labeur et le danger ; et pourtant aussi qui pourrait l'aider à oublier la guerre et l'Ombre et apporter dans sa vie la paix, la joie et la beauté des choses qu'il aimait.

'Vous êtes clairvoyante, Fíriel.' dit-il enfin. Elle sourit. La plupart des gens en Gondor savaient que le Seigneur de la Cité n'était pas trop aimable envers son cadet. Elle avait entendu beaucoup de choses sur Faramir avant même d'avoir atteint Minas Tirith ; elle avait appris le reste facilement lorsqu'elle l'avait vu. Le fils de Denethor ne pouvait pas savoir que chez un homme de son âge et de son rang, l'absence même de fierté et de joie telles qu'en montrait son frère était un signe d'étiolement. Et pourtant elle était émerveillée par la manière dont il se conduisait, calme et courtois, insensible en apparence à toute douleur qui ne fût pas celle des autres. Et seul un homme aimant se serait inquiété des sentiments d'une femme envoyée pour son plaisir.

'Mon seigneur, puis-je me risquer à dire que votre père avait raison ? Vous méritez et vous avez besoin de ma compagnie. Ne l'accepterez-vous pas ?'

'Devrais-je le faire, Fíriel ? Vous me donneriez beaucoup de choses qui sont importantes pour vous. Serait-il juste d'accepter sans vous rendre en retour quelque chose de même valeur ? Et cependant, que pourrais-je vous offrir ? Je ne peux commander à mon cœur.'

'Votre cœur, mon seigneur, serait un trop grand don. Pourtant si vous voulez me récompenser, cela est facile. Il y a quelque chose de très précieux que vous seul pourriez me donner.'

'Qu'est-ce ?'

'Votre confiance.' dit Fíriel, avec gravité. 'Je suis peut-être clairvoyante, mais il y a malgré cela des parties de votre pensée que vous n'osez pas me montrer, pas plus qu'à quiconque d'autre. Je suis une femme noble de Gondor, fils de Denethor. Sur mon honneur, si jamais vous souhaitez partager vos pensées avec moi, je m'en montrerai digne.'

Cette fois, ce fut au tour de Faramir de rougir. Il n'avait cessé de lui cacher les émotions qu'elle avait causées avec ses propos. Et toutefois, il n'y avait pas à se tromper sur son accent ; il ne doutait point qu'elle tiendrait sa parole. Partager sa pensée avec elle serait une façon appropriée de montrer sa gratitude. A peine eut-il décidé cela, qu'il ressentit un désir intense de s'étendre et de se reposer : il était épuisé par les émotions de la journée.

Elle le regarda et vit l'acquiescement dans ses yeux ; alors elle se détendit, souriant tendrement.

'Asseyez-vous, s'il vous plaît, mon seigneur.' dit-elle, faisant un geste en direction du lit. 'Je ne vous parlerai pas davantage ce soir. Dois-je vous déshabiller ?'


Quelques jours plus tard, Faramir se tenait sur les murs de la ville, regardant vers l'Est. Auprès de lui se dressait Boromir ; il venait de rentrer après une grande victoire dans le Sud.

'J'ai entendu que père t'a envoyé une femme pour t'initier aux arts de l'amour. Comment c'était ?' demanda Boromir.

'Elle était adorable. J'ai demandé à père la permission de la garder près de moi. Elle est dans ma maison maintenant.' Faramir fit une pause, puis regarda son frère. 'Boromir, as-tu eu une initiation semblable lorsque tu étais plus jeune ?'

'Oui. J'étais moins âgé que toi lorsque père m'a envoyé une femme.'

'Comment a été l'expérience ?'

'J'ai passé une nuit avec elle. Ce n'était pas désagréable, mais je préfère garder mes forces pour le combat. Beaucoup plus excitant à mon goût, et l'on y trouve plus de gloire.'

Faramir sourit, mais secoua la tête.

'Je crois comprendre que nous ne sommes pas du même avis en ceci,' dit Boromir, souriant lui aussi.

'Non, en effet.' dit Faramir. 'Tu sais que je ne me battrais pas, ni ne souhaiterais me battre, si aucun ennemi ne menaçait nos terres. Cependant je pense que je pourrais aimer une femme, plus que je n'ai jamais aimé quoi que ce soit : la musique, les livres, et même la Cité des Hommes de Númenor.'

'Il vaudrait mieux alors qu'elle soit loyale à la Cité, ou tu deviendrais un danger pour nous tous.' rit Boromir. 'Mais je n'ai jamais ressenti pour aucune femme ce que père ressentait pour mère.'

'Moi non plus,' dit Faramir, 'mais j'espère le faire un jour.'

FIN


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